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Stablecoins ART et EMT : exigences MiCA pour émetteurs en 2026

Guide technique des exigences MiCA applicables aux émetteurs de stablecoins ART et EMT en 2026 : agrément ACPR, livre blanc, fonds propres, réserves, droit.

Avertissement : cet article est une analyse réglementaire et technique. Il ne constitue pas un conseil juridique individualisé. Avant tout dépôt d’agrément ART ou EMT, ou avant toute commercialisation d’un stablecoin en France ou dans l’Union européenne, consultez un avocat spécialisé en droit bancaire et financier européen et la dernière version des doctrines ACPR, AMF, EBA et ESMA.

Pour un émetteur de stablecoin en 2026, MiCA n’est plus une perspective lointaine mais une réalité opposable. Le Titre III sur les ART et le Titre IV sur les EMT sont entrés en application dès le 30 juin 2024, avant même l’application complète du règlement au 30 décembre 2024. Cette anticipation reflète la priorité accordée par le législateur européen à la régulation des stablecoins, considérés comme un risque systémique potentiel pour la stabilité monétaire de la zone euro. Cet article reconstitue les exigences précises auxquelles tout émetteur ART ou EMT doit satisfaire pour exister légalement sur le marché européen en 2026.

ART vs EMT : la distinction fondamentale

Le règlement (UE) 2023/1114 ne traite pas tous les stablecoins de manière identique. Il distingue deux catégories aux exigences distinctes, qui reposent sur la nature du sous-jacent et le profil de risque.

Un e-money token (EMT) est défini à l’article 3, paragraphe 1, point 7) du règlement comme un crypto-actif visant à stabiliser sa valeur en se référant à une seule monnaie officielle ayant cours légal. USDC est référencé au dollar US, EURC à l’euro. Cette catégorie hérite directement du cadre juridique de la monnaie électronique défini par la directive 2009/110/CE (2EMD).

Un asset-referenced token (ART) est défini à l’article 3, paragraphe 1, point 6) comme un crypto-actif visant à stabiliser sa valeur en se référant à un panier d’actifs comprenant plusieurs monnaies officielles, une ou plusieurs matières premières, ou un panier de crypto-actifs. La complexité du sous-jacent justifie un régime prudentiel renforcé.

CritèreEMT (Titre IV)ART (Titre III)
Sous-jacentUne seule monnaie ayant cours légalPanier d’actifs (devises, commodities, crypto)
Article du règlementArticles 48 à 58Articles 16 à 47
Statut émetteur requisÉtablissement de crédit ou EME (2EMD)Personne morale agréée MiCA
ProcédureNotification + livre blancAgrément complet
Autorité françaiseACPRACPR
Fonds propres plancher350 000 € (ou 2% / 3% si significant)350 000 € (ou 2% / 3% si significant)
Composition réserve100% monnaie centrale + dépôts éligiblesDépôts éligibles, instruments financiers, matières premières
Exemples 2026USDC, EURC, EURCV (Société Générale Forge)Projets de paniers multi-devises et commodity-backed

La distinction a une conséquence pratique majeure : un EMT s’apparente fonctionnellement à une monnaie électronique au sens du droit bancaire européen, ce qui simplifie son insertion dans les circuits de paiement traditionnels. Un ART est un instrument financier hybride qui demande une supervision prudentielle dédiée. Notre comparatif USDC vs USDT vs DAI illustre comment ces qualifications jouent dans le choix d’un stablecoin pour la trésorerie d’entreprise.

Calendrier d’application : où en est-on en 2026

Le calendrier MiCA distingue deux dates clés pour les stablecoins. Le 30 juin 2024 marque l’entrée en application des Titres III (ART) et IV (EMT). Le 30 décembre 2024 déclenche l’application complète du règlement, incluant le Titre V sur les CASP. Le détail figure dans notre calendrier MiCA 2024-2026.

Pour les émetteurs en activité avant le 30 juin 2024, le régime transitoire de l’article 143 ouvre une fenêtre de dix-huit mois pour obtenir l’agrément, soit jusqu’au 30 décembre 2025. Au-delà de cette date, tout émetteur sans agrément est juridiquement tenu de cesser ses émissions et son activité de commercialisation dans l’Union européenne. Le 2 janvier 2026 a donc agi comme un couperet pour les acteurs n’ayant pas finalisé leur dossier.

Au premier semestre 2026, le marché européen est en phase de consolidation. Les émetteurs agréés ont publié leurs premiers rapports trimestriels de réserves et leurs comptes audités complets. Les émetteurs hors marché européen (Tether en première ligne) sont structurellement absents des plateformes régulées, sans préjudice de la liquidité offshore qui reste accessible aux contreparties hors UE. La doctrine ACPR publiée en février 2026 confirme l’absence de prorogation générale du régime transitoire.

Exigences communes : livre blanc, fonds propres, réserves

Trois piliers structurent les exigences applicables aux émetteurs ART et EMT, avec des nuances de calibrage entre les deux régimes.

Le livre blanc (crypto-asset white paper)

Le livre blanc est l’acte fondateur de toute émission ART ou EMT. Son contenu obligatoire est fixé par l’article 19 pour les ART, par l’article 51 pour les EMT, et précisé par les RTS EBA de juillet 2024. Il comporte douze sections : présentation de l’émetteur et actionnariat, description du crypto-actif, droits et obligations attachés au token, technologie sous-jacente, risques (opérationnels, financiers, juridiques, technologiques), composition et politique de gestion de la réserve, modalités du droit de rachat, gouvernance interne, conflits d’intérêts, protection des détenteurs, traitement comptable et fiscal, indicateurs de performance environnementale.

Pour les ART, le livre blanc doit recevoir une approbation explicite de l’autorité compétente avant commercialisation (article 17). Pour les EMT, il fait l’objet d’une notification à l’autorité au moins vingt jours ouvrables avant publication (article 51), sans approbation préalable. Toute modification matérielle déclenche une obligation de mise à jour publique.

Les fonds propres minimaux

Les exigences de fonds propres sont définies à l’article 35 pour les ART et à l’article 45 pour les EMT. Elles obéissent à une logique de plancher absolu et de pourcentage des actifs de réserve.

Le plancher absolu est fixé à 350 000 euros de fonds propres permanents pour tout émetteur, quel que soit l’encours initial. Le pourcentage des actifs de réserve s’applique dès que l’encours moyen mensuel dépasse 17,5 millions d’euros (seuil où 2% des réserves dépassent le plancher). Le taux est fixé à 2% pour les émetteurs non significatifs et monte à 3% pour les ART et EMT qualifiés de significatifs (articles 43 et 56).

Les fonds propres éligibles correspondent au Common Equity Tier 1 (CET1) défini par le règlement (UE) 575/2013 CRR : actions ordinaires libérées, primes d’émission, réserves de bénéfices non distribués, après déduction des actifs immatériels et des participations significatives. Les RTS EBA de juillet 2024 précisent les modalités de calcul de la moyenne mobile mensuelle.

Les actifs de réserve

Le régime des réserves, défini aux articles 36 à 38 pour les ART et à l’article 54 pour les EMT, vise à garantir le droit de rachat à valeur nominale en toutes circonstances.

Pour un ART, les actifs de réserve doivent être composés à hauteur de 60% minimum de dépôts éligibles auprès d’établissements de crédit agréés sous CRD. Le reliquat peut être placé en instruments financiers très liquides à risque minimal au sens du règlement (UE) 575/2013 : obligations souveraines d’États membres notées au moins AA-, obligations d’institutions financières internationales (BEI, BIRD), instruments du marché monétaire.

Pour un EMT, l’exigence est plus stricte. La totalité des fonds reçus doit être placée en monnaie centrale auprès d’une banque centrale nationale ou en dépôts éligibles, avec un plafond de 30% des réserves sur les dépôts non-monnaie centrale (article 54, paragraphe 5). Cette exigence vise à minimiser le risque bancaire intermédiaire, illustré par le dépeg USDC à 0,87 dollar le 11 mars 2023 après l’effondrement de Silicon Valley Bank.

Les actifs de réserve doivent être ségrégés du patrimoine de l’émetteur (article 31 pour les ART, article 51 pour les EMT). La garde est confiée à un établissement de crédit ou à un PSCA agréé. Un rapport trimestriel public détaille la composition de la réserve, et un audit annuel indépendant certifie la concordance entre les actifs détenus et les tokens en circulation.

Droit de rachat et stabilité opérationnelle

Le droit de rachat à valeur nominale constitue la garantie ultime du détenteur d’un ART ou d’un EMT. Il est défini à l’article 39 pour les ART et à l’article 49 pour les EMT.

Tout détenteur doit pouvoir obtenir, à tout moment et sans frais, le rachat de son stablecoin contre la monnaie ou les actifs de référence à valeur nominale. Pour un EMT référencé à l’euro, un EMT détenu donne droit à un euro versé sur le compte bancaire du détenteur. Pour un ART référencé à un panier, le rachat se fait selon la composition du panier ou en équivalent monétaire au choix de l’émetteur.

L’émetteur publie une politique de rachat précisant les canaux disponibles, les délais de traitement (T+1 ouvré sous 100 000 euros, T+5 au-delà), les procédures KYC et le traitement des incidents techniques.

L’article 23 introduit un plafond opérationnel pour les EMT référencés à une monnaie non-euro et utilisés dans la zone monétaire européenne. Au-delà d’un million de transactions quotidiennes ou de 200 millions d’euros sur un trimestre, l’émetteur cesse toute nouvelle émission et soumet un plan de réduction d’encours à l’autorité compétente. Cette disposition vise à éviter qu’un EMT en dollar US ne devienne un substitut massif à l’euro dans les paiements de détail européens.

Le seuil ART/EMT “significatif” : passer sous supervision EBA

Les articles 43 (pour les ART) et 56 (pour les EMT) définissent les critères de qualification d’un stablecoin comme significatif. La qualification déclenche un transfert de supervision de l’autorité nationale compétente vers l’EBA, conformément au règlement (UE) 1093/2010.

Sept critères quantitatifs sont retenus par les RTS EBA : plus de dix millions de détenteurs UE, capitalisation totale supérieure à cinq milliards d’euros, plus de 2,5 millions de transactions quotidiennes, valeur quotidienne échangée supérieure à 500 millions d’euros, encours d’actifs de réserve supérieur à cinq milliards d’euros, interconnexion significative avec le système financier traditionnel, activité transfrontalière dans au moins sept États membres.

La qualification de significatif est prononcée lorsque l’émetteur dépasse au moins trois de ces sept critères. Elle déclenche cinq conséquences principales : transfert de supervision à l’EBA, exigence de fonds propres portée à 3% des actifs de réserve, plan de redressement et plan de résolution obligatoires, reporting trimestriel renforcé, audit semestriel au lieu d’annuel.

L’EBA réévalue les critères chaque semestre sur la base des données des autorités nationales compétentes. Au 1er mai 2026, USDC est qualifié de significatif tandis qu’EURC reste sous le seuil malgré une croissance soutenue. Pour les évolutions à suivre, voir notre comparatif USDC vs USDT vs DAI.

Process d’agrément ART : 6 mois auprès de l’ACPR en France

L’article 18 du règlement MiCA fixe à six mois le délai d’instruction d’une demande d’agrément ART. Le candidat dépose un dossier complet auprès de l’autorité compétente nationale, qui dispose de vingt-cinq jours ouvrables pour confirmer le caractère complet du dossier, puis de six mois calendaires pour rendre sa décision.

Le dossier d’agrément comporte sept volets précisés par les RTS EBA de juillet 2024 : structure juridique et actionnariat (avec identification des actionnaires significatifs au seuil de 10% et des bénéficiaires effectifs) ; livre blanc soumis à approbation explicite ; dispositif de gouvernance (dirigeants effectifs fit-and-proper, responsable conformité, RCSI) ; politique de gestion des risques (PCA, PRA, articulation DORA) ; organisation des actifs de réserve (composition cible, garde, ségrégation) ; dispositif LCB-FT (KYC/KYB, Tracfin, conformité travel rule) ; fonds propres et plan d’affaires à trois ans avec scénarios de stress.

Le délai réel observé auprès de l’ACPR entre 2024 et 2026 s’établit entre huit et douze mois, compte tenu des demandes complémentaires d’information. L’examen est conduit en coordination avec l’AMF sur les aspects de marché et avec la BCE pour les ART référencés à l’euro.

Process EMT : notification ou agrément complet selon votre statut

Le régime EMT distingue deux voies, prévues aux articles 48 à 50 du règlement.

Voie 1 : émetteur déjà agréé en tant qu’établissement de crédit ou EME. L’émission d’un EMT est ouverte sans agrément MiCA supplémentaire, sous réserve de notification à l’autorité compétente au moins quarante jours ouvrables avant la commercialisation et de publication du livre blanc. C’est la voie empruntée par Société Générale Forge (EURCV) et Circle Mint France SAS (USDC, EURC).

Voie 2 : nouvelle entité émettrice non bancaire. L’émetteur doit obtenir un agrément d’établissement de monnaie électronique au titre de la directive 2009/110/CE auprès de l’autorité compétente, en parallèle ou préalablement à la notification MiCA. En France, l’ACPR délivre l’agrément EME selon une procédure distincte mais coordonnée. Le délai cumulé (EME + EMT) peut atteindre douze à dix-huit mois.

Dans les deux voies, le livre blanc doit comporter le contenu obligatoire de l’article 51. Les exigences de fonds propres, de composition de réserve et de droit de rachat à valeur nominale s’appliquent de manière identique. Au premier semestre 2026, l’ACPR a notifié les agréments de Circle Mint France SAS et Société Générale Forge.

Le régime transitoire (article 143) : qui peut encore continuer en 2026

L’article 143 du règlement MiCA prévoit un régime transitoire pour les émetteurs en activité avant l’entrée en application des Titres III et IV. Trois cas de figure se distinguent.

Cas 1 : émetteur ART/EMT en activité avant le 30 juin 2024. Il peut poursuivre son activité jusqu’à l’obtention de l’agrément ou jusqu’au 30 décembre 2025 au plus tard, sous condition de dépôt d’un dossier complet d’agrément ou de notification. Au-delà du 30 décembre 2025, l’activité doit cesser sauf agrément effectivement délivré.

Cas 2 : émetteur qui démarre après le 30 juin 2024. Il doit obtenir son agrément avant toute émission ou commercialisation. Aucun régime transitoire ne lui est applicable.

Cas 3 : émetteur établi hors UE. L’émission et la commercialisation d’un ART ou d’un EMT dans l’Union européenne nécessitent un agrément délivré par une autorité compétente d’un État membre, via une filiale ou un établissement local. Aucun régime de tiers ou d’équivalence n’est prévu, contrairement à d’autres pans du droit financier européen. C’est ce qui explique la position de Tether, dont l’entité émettrice (Tether Operations BVI) n’a pas d’établissement européen et n’a pas sollicité d’agrément.

Au 1er mai 2026, le régime transitoire est juridiquement clos. Les émetteurs qui n’ont pas obtenu leur agrément au 30 décembre 2025 sont en infraction et exposés aux sanctions de l’article 113. Notre calendrier MiCA complet détaille les jalons précédents.

Études de cas 2026 : USDC, USDT, EURCV, projets bancaires

Quatre situations illustrent la diversité des trajectoires d’émetteurs en 2026.

Circle (USDC et EURC) : Circle Mint France SAS a obtenu son agrément EME en juillet 2024 auprès de l’ACPR, avec passporting MiCA dans les vingt-sept États membres. USDC est qualifié de significatif (capitalisation mondiale supérieure à cinquante milliards de dollars, plusieurs centaines de millions d’euros d’encours UE), ce qui le place sous supervision directe de l’EBA. EURC reste sous le seuil de significativité mais croît rapidement (environ cent millions d’euros au premier trimestre 2026).

Tether (USDT) : Tether Operations BVI n’a pas déposé de demande d’agrément EMT. Les principales plateformes régulées européennes ont delisté les paires USDT/EUR entre juillet 2024 et début 2025. L’USDT reste accessible via des contreparties offshore (Binance global, OKX, Bybit) mais ne peut plus être proposé à la clientèle UE par un CASP régulé. Voir notre comparatif USDC vs USDT vs DAI.

Société Générale Forge (EURCV) : filiale crypto de Société Générale, SG-Forge a émis EURCV en 2023 et obtenu sa notification EMT MiCA dès le second semestre 2024, en s’appuyant sur le statut bancaire du groupe. EURCV est positionné comme stablecoin euro institutionnel pour les paiements interbancaires et la tokenisation d’actifs.

Projets bancaires en instruction : plusieurs banques européennes préparent un dossier EMT (BNP Paribas, Crédit Agricole CIB, Santander, DZ Bank, Commerzbank). La motivation principale est de capter les flux de paiement on-chain et les usages tokenisation RWA, en lien avec notre dossier RWA.

Sanctions en cas de non-conformité

Les sanctions applicables aux émetteurs non conformes sont définies aux articles 111 à 116 du règlement MiCA. Elles couvrent quatre registres.

Sanctions administratives : avertissement public, cessation immédiate de la pratique en cause, suspension temporaire de la commercialisation ou retrait définitif de l’agrément.

Sanctions financières : l’article 113 fixe le plafond à cinq millions d’euros ou 5% du chiffre d’affaires annuel total, le montant le plus élevé étant retenu. Pour un émetteur significatif, ce seuil peut dépasser plusieurs centaines de millions d’euros. L’amende peut être doublée si l’avantage retiré de l’infraction excède le plafond.

Sanctions personnelles : interdiction temporaire ou définitive d’exercer des fonctions de direction dans tout émetteur ou prestataire de services crypto-actifs. L’interdiction est publiée sur le site de l’autorité pendant cinq ans.

Restitution des gains illicitement réalisés, augmentés des intérêts au taux légal.

La doctrine ACPR de mars 2026 confirme l’absence de tolérance opérationnelle pour les émetteurs non agréés au-delà du régime transitoire. Une coordination avec l’AMF, la BCE et l’EBA est systématique pour les émetteurs transfrontaliers.

Checklist : votre projet ART/EMT est-il MiCA-ready en 2026

Avant tout dépôt de dossier ou toute commercialisation, l’émetteur doit vérifier les onze points suivants.

  1. Qualification juridique : ART (Titre III) ou EMT (Titre IV) selon la nature du sous-jacent.
  2. Statut de l’émetteur : établissement de crédit, EME (2EMD) ou personne morale prête à demander l’agrément ART MiCA.
  3. Livre blanc : conformité aux douze sections obligatoires des articles 19 (ART) ou 51 (EMT) et des RTS EBA de juillet 2024.
  4. Fonds propres : 350 000 euros minimum en CET1, ou 2% / 3% des actifs de réserve si vous dépassez les seuils.
  5. Actifs de réserve : composition conforme au Titre III ou IV (60% dépôts éligibles ART, 100% monnaie centrale + plafond 30% dépôts EMT).
  6. Ségrégation : garde confiée à un établissement de crédit ou un PSCA agréé, avec ségrégation effective.
  7. Droit de rachat : politique garantissant un rachat à valeur nominale, à tout moment, sans frais.
  8. Gouvernance : dirigeants effectifs fit-and-proper, responsable conformité et risques nommés.
  9. LCB-FT et TFR : dispositif KYC/KYB opérationnel, surveillance des transactions, conformité travel rule (UE) 2023/1113.
  10. Reporting : capacités de reporting trimestriel et audit annuel (semestriel si significatif).
  11. Plan de redressement et de résolution : obligatoires si vous dépassez les seuils de significativité (articles 43 et 56).

Une réponse négative sur un seul de ces points expose le projet à un refus ou à une notification de réserves. Le dépôt prématuré d’un dossier incomplet rallonge l’instruction de plusieurs mois.

Sources et références

Pour aller plus loin, consultez les textes et autorités suivants. Notre verticale Régulation regroupe l’ensemble des analyses sectorielles à jour pour 2026, et notre guide PSAN AMF couvre le pendant CASP côté distribution.


Sources et références consultées : Règlement (UE) 2023/1114 MiCA Titres III et IV ; Directive 2009/110/CE sur la monnaie électronique (2EMD) ; Règlement (UE) 575/2013 CRR ; Règlement (UE) 2023/1113 TFR ; EBA RTS et orientations publiés entre juillet 2024 et premier trimestre 2026 ; ESMA Q&A MiCA 2024-2026 ; ACPR notices agrément ART et EMT, doctrine 2024-2026 ; AMF instructions DOC-2024-04, DOC-2024-12 et DOC-2025-08 ; Commission européenne DG FISMA ; règlement (UE) 1093/2010 instituant l’EBA ; arrêté du 16 octobre 2024 transposant MiCA en droit français ; Code monétaire et financier articles L.54-10-2 à L.54-10-5.

Questions fréquentes

Quelle est la différence fondamentale entre un ART et un EMT au sens de MiCA ?
Un EMT (e-money token) est un crypto-actif référencé à une seule monnaie fiduciaire officielle ayant cours légal, par exemple l'euro pour EURC ou le dollar US pour USDC. Il est régi par le Titre IV du règlement (UE) 2023/1114 et son émetteur doit cumuler le statut d'établissement de crédit ou d'établissement de monnaie électronique au sens de la directive 2009/110/CE. Un ART (asset-referenced token) est référencé à un panier d'actifs hétérogènes, par exemple plusieurs devises, des matières premières ou un panier de crypto-actifs. Il relève du Titre III MiCA et nécessite un agrément spécifique auprès de l'autorité compétente nationale, l'ACPR pour les émetteurs établis en France. Les exigences prudentielles sont structurellement plus lourdes pour les ART, compte tenu de la diversité du panier de référence et de la complexité de la gestion des actifs de réserve. Voir notre comparatif USDC vs USDT vs DAI pour les implications opérationnelles.
Quels sont les niveaux de fonds propres minimaux applicables aux émetteurs ART et EMT en 2026 ?
Le règlement MiCA fixe un plancher absolu de 350 000 euros de fonds propres permanents pour tout émetteur d'ART ou d'EMT, prévu par les articles 35 et 45 du règlement (UE) 2023/1114. Ce plancher s'applique aux émetteurs non significatifs et aux émetteurs en phase de démarrage. Pour les émetteurs dont l'encours d'actifs de réserve dépasse certains seuils, l'exigence monte à 2% de la valeur moyenne mensuelle des réserves, voire 3% pour les ART et EMT qualifiés de significatifs au sens de l'article 43 et de l'article 56. Ces fonds propres doivent être détenus en instruments éligibles au sens du règlement (UE) 575/2013 CRR : actions ordinaires, primes d'émission, réserves de bénéfices non distribués. Les RTS de l'EBA publiés en juillet 2024 précisent les modalités de calcul, les méthodes de moyenne mobile et les déductions prudentielles applicables.
Tether USDT est-il conforme MiCA en 2026 ?
Au 1er mai 2026, Tether Operations Limited n'a pas obtenu d'agrément EMT auprès d'une autorité compétente européenne pour la distribution de l'USDT dans l'Union européenne. Depuis le 30 juin 2024, date d'entrée en application des Titres III et IV de MiCA, les principales plateformes régulées européennes (Binance EU, Coinbase Europe, Kraken EU, Bitstamp, Bitpanda France) ont progressivement delisté les paires USDT/EUR et bloqué les nouveaux dépôts pour les résidents UE, en application de l'orientation EBA publiée en 2024 sur les stablecoins non agréés. À l'inverse, Circle a obtenu son agrément EMT français auprès de l'ACPR dès juillet 2024 pour USDC et EURC, avec passporting sur les vingt-sept États membres. Le détail des plateformes encore distributrices figure dans notre guide PSAN AMF.
Quel est le délai d'instruction d'un dossier d'agrément ART auprès de l'ACPR en France ?
Le règlement MiCA fixe à l'article 18 un délai d'instruction de six mois pour l'examen d'une demande d'agrément ART, à compter de la confirmation du caractère complet du dossier. En pratique observée auprès de l'ACPR française entre 2024 et 2026, le délai réel s'établit entre huit et douze mois, compte tenu des demandes complémentaires d'information et de l'examen conjoint avec l'AMF sur les aspects de marché. Le candidat dépose un dossier articulé en sept volets : structure juridique et actionnariat, livre blanc, dispositif de gouvernance, politique de gestion des risques, organisation des actifs de réserve, dispositif LCB-FT, fonds propres et plan de continuité d'activité. Le livre blanc doit recevoir une approbation explicite avant toute commercialisation, conformément à l'article 17 du règlement. Voir notre calendrier MiCA pour les jalons d'application.
Qu'est-ce qu'un ART ou EMT 'significatif' et quelles conséquences ?
Un ART ou un EMT est qualifié de significatif au sens des articles 43 et 56 du règlement MiCA lorsqu'il dépasse au moins trois des sept critères quantitatifs définis par les RTS EBA : plus de dix millions de détenteurs dans l'Union européenne, plus de cinq milliards d'euros de capitalisation, plus de deux millions et demi de transactions quotidiennes, plus de cinq cents millions d'euros de valeur quotidienne échangée, complexité opérationnelle élevée, interconnexion avec le système financier traditionnel et activité transfrontalière étendue. La conséquence pratique est un changement de superviseur : l'EBA prend la supervision directe à la place de l'autorité nationale compétente, en application de l'article 117 et du règlement (UE) 1093/2010. Les exigences de fonds propres montent à 3% des actifs de réserve, le plan de redressement et le plan de résolution deviennent obligatoires et le reporting est trimestriel renforcé.
Quelles sanctions encourt un émetteur de stablecoin non conforme en 2026 ?
Les sanctions sont prévues aux articles 111 à 116 du règlement (UE) 2023/1114 MiCA. Elles peuvent atteindre cinq millions d'euros ou 5% du chiffre d'affaires annuel total pour une personne morale, en application de l'article 113. L'autorité compétente peut également retirer l'agrément, interdire temporairement ou définitivement à un dirigeant d'exercer des fonctions de direction dans un émetteur de crypto-actifs, ordonner la restitution des gains illicitement réalisés et publier la décision de sanction sur son site internet pendant cinq ans. En France, l'ACPR exerce ce pouvoir disciplinaire pour les ART et les EMT, l'AMF pour les services CASP, en coordination via la commission des sanctions. La doctrine ACPR publiée en mars 2025 confirme l'absence de tolérance opérationnelle pour les émissions non agréées au-delà du régime transitoire de l'article 143.

Avertissement. Cet article est éditorial. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une sollicitation. Les actifs numériques présentent un risque de perte en capital total. Vérifiez le statut PSAN ou CASP de tout prestataire avant d'agir et, en cas de doute sur votre situation fiscale, consultez un expert-comptable ou un avocat fiscaliste.

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