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Comptabilité des crypto-actifs en entreprise : règles PCG 2026

Règles PCG applicables aux crypto-actifs en entreprise : classification comptable, évaluation à l'inventaire, écritures types et obligations déclaratives selon la recommandation

Depuis 2022, les entreprises françaises qui détiennent, minent ou échangent des crypto-actifs ne peuvent plus s’appuyer sur des traitements comptables improvisés. L’Autorité des Normes Comptables (ANC) a publié la recommandation n°2022-05, texte de référence qui comble le vide laissé par le Plan Comptable Général (PCG) sur ce sujet. En 2026, avec l’entrée en vigueur complète du règlement MiCA (2023/1114) et la multiplication des acteurs institutionnels exposés aux actifs numériques, la maîtrise de ces règles est devenue un prérequis pour toute direction financière ou expert-comptable intervenant dans le secteur. Voici un tour d’horizon technique, sans détour.

Cadre réglementaire : ANC 2022-05 et articulation avec le PCG

Le PCG (version consolidée disponible sur le site de l’ANC) ne comporte pas de compte spécifiquement dédié aux crypto-actifs. L’ANC a donc publié en décembre 2022 la recommandation n°2022-05 relative au traitement comptable des crypto-actifs dans les comptes individuels et consolidés des entités à but lucratif relevant du droit français. Elle s’applique aux exercices ouverts à compter du 1er janvier 2023.

Cette recommandation s’articule avec :

  • Le PCG (règlement ANC n°2014-03) pour les principes généraux (prudence, continuité d’exploitation, permanence des méthodes).
  • Le code de commerce (articles L.123-12 et suivants) pour les obligations d’inventaire et d’évaluation.
  • Le CGI (articles 38 et 209) pour la détermination du résultat fiscal, distinct du résultat comptable.

La recommandation distingue deux grandes catégories d’entreprises selon leur activité principale vis-à-vis des crypto-actifs : les entités dont l’activité principale porte sur les crypto-actifs (opérant désormais sous agrément MiCA en tant que CASP - Crypto-Asset Service Provider, anciennement PSAN au sens de l’article L.54-10-2 du code monétaire et financier, régime transitoire échu en 2026) et les entités qui les détiennent de manière accessoire (trésorerie d’entreprise, opérations de paiement, etc.).

Pour aller plus loin sur le cadre réglementaire MiCA qui encadre les prestataires de services sur crypto-actifs depuis 2024, voir l’article MiCA, la régulation européenne crypto 2026.

Classification comptable des crypto-actifs : quel compte PCG ?

La classification dépend de l’intention de détention et de la nature de l’actif. L’ANC 2022-05 propose une grille de lecture structurée.

Nature de la détentionCompte PCG recommandéCatégorie bilan
Détention spéculative court terme508 - Autres valeurs mobilières de placementActif circulant
Détention à long terme (investissement)271 ou 272 - Immobilisations financièresActif immobilisé
Stock (activité de négoce principal)370 - Stocks de marchandisesActif circulant
Créances en crypto-actifs411 ou 467 - Créances diversesActif circulant
Crypto-actifs reçus en contrepartie de services706 ou 708 - Produits des servicesCompte de résultat

La distinction entre compte 508 et immobilisation financière repose sur le critère d’intention documenté : une délibération du conseil d’administration ou une politique de trésorerie écrite constitue la preuve opposable à l’administration fiscale et au commissaire aux comptes.

Point d’attention : les stablecoins (USDC, USDT, DAI) font l’objet d’un traitement spécifique. Voir l’article USDC vs USDT vs DAI : le guide stablecoin entreprise pour les implications opérationnelles. Comptablement, leur traitement suit les mêmes règles de classification que les autres crypto-actifs, à l’exception des stablecoins adossés à une devise dont la valeur est contractuellement garantie par l’émetteur (cas USDC avec Circle) : dans ce cas, la question de leur assimilation à des équivalents de trésorerie (compte 512 ou 515) peut être posée, sous réserve de justification.

Evaluation à l’entrée et en cours d’exercice

Valeur d’entrée

Les crypto-actifs sont enregistrés à leur coût d’acquisition (prix d’achat + frais directement attribuables : frais de transaction, gas fees, commissions d’exchange). Les frais de garde (custody) ultérieurs sont des charges de la période, non capitalisables.

Pour les crypto-actifs reçus en contrepartie d’une prestation de services ou d’un apport, la valorisation s’effectue à la juste valeur au jour de la transaction, déterminée par référence au cours de marché sur un exchange de référence (Coinbase, Kraken, Bitstamp - cours spot horodaté).

Méthode de coût unitaire moyen pondéré (CUMP) ou FIFO : l’ANC recommande l’application du CUMP ou du FIFO pour les actifs fongibles du même type (ex. : ensemble de la position BTC). La méthode doit être appliquée de manière constante (principe de permanence des méthodes) et mentionnée dans l’annexe.

Evaluation à l’inventaire (clôture d’exercice)

C’est ici que le principe de prudence prend toute son importance. Deux cas :

  1. Valeur de marché inférieure à la valeur d’entrée : provisionnement obligatoire de la moins-value latente. Débit compte 6867 (dotations aux dépréciations des éléments financiers de l’actif circulant) / Crédit compte 5908 (provision pour dépréciation des VMP). Cette provision est non déductible fiscalement si l’actif est classé en immobilisation financière (CGI art. 39-1-5°), mais déductible si classé en stock ou valeur mobilière de placement.

  2. Valeur de marché supérieure à la valeur d’entrée : aucune réévaluation possible dans les comptes sociaux français (interdiction des plus-values latentes selon le PCG). La plus-value n’est constatée qu’à la cession.

Le cours de référence retenu pour l’évaluation à la clôture doit être celui d’un marché actif et liquide, au dernier jour de l’exercice. En pratique : cours de clôture sur Coinbase Pro, Kraken ou Binance, documenté par capture écran horodatée archivée.

Ecritures comptables : schémas types

Acquisition de 1 BTC à 80 000 EUR (frais d’exchange 0,25 %)

Débit 508 - Valeurs mob. de placement 80 200 EUR
 Crédit 512 - Banque 80 200 EUR
(80 000 EUR + 200 EUR de frais de transaction capitalisés)

Cession de 0,5 BTC acquis à 80 200 EUR, vendu à 95 000 EUR (prix de cession 47 500 EUR)

Débit 512 - Banque 47 500 EUR
 Crédit 508 - VMP (valeur d'entrée CUMP) 40 100 EUR
 Crédit 767 - Produits nets cession VMP 7 400 EUR

La plus-value de cession (7 400 EUR) intègre le résultat comptable et le résultat fiscal de l’exercice.

Provision pour dépréciation à la clôture (valeur marché 70 000 EUR pour 1 BTC entré à 80 200 EUR)

Débit 6867 - Dotations dépréciations éléments fin. actif circulant 10 200 EUR
 Crédit 5908 - Provision dépréciation VMP 10 200 EUR

Reprise de provision l’exercice suivant (valeur remonte à 85 000 EUR)

Débit 5908 - Provision dépréciation VMP 10 200 EUR
 Crédit 7867 - Reprises provisions actif circulant 10 200 EUR

Obligations déclaratives et fiscales spécifiques

Comptes à l’étranger : article 1649 bis C CGI

Toute entreprise française détenant des crypto-actifs sur des plateformes étrangères (exchanges non agréés MiCA en France) doit déclarer ces comptes via le formulaire 3916-bis (annexe à la déclaration de résultat). L’obligation s’applique dès lors que la valeur totale dépasse 0 EUR (aucun seuil). Le défaut de déclaration est sanctionné par une amende de 750 EUR par compte non déclaré (portée à 1 500 EUR si la valeur dépasse 50 000 EUR).

Imposition des plus-values : régime IS

Pour les entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés, les plus-values sur cession de crypto-actifs sont intégrées au résultat ordinaire et imposées au taux normal de l’IS (25 % en 2026). Il n’existe pas de régime de faveur (absence d’abattement pour durée de détention contrairement au régime des particuliers). La fiscalité crypto pour les personnes physiques (formulaire 2086, article 150 VH bis CGI) ne s’applique pas aux entreprises : voir l’article Fiscalité crypto : formulaire 2086 pour le volet personnel.

TVA

Conformément à l’arrêt CJUE Hedqvist (C-264/14, 22 octobre 2015), confirmé par la doctrine administrative française (BOFiP IS - BIC - si.20.20.20 - 30/06/2020), les opérations d’échange de crypto-actifs fonctionnant comme moyen de paiement sont exonérées de TVA sans droit à déduction. Les commissions perçues par un CASP sur ces opérations sont également hors champ TVA. Les jetons utilitaires (utility tokens) et les NFT peuvent relever d’un traitement TVA différent selon leur nature (accès à un service, oeuvre d’art numérique) - voir l’article sur la tokenisation des actifs réels (RWA).

Mention obligatoire en annexe

L’annexe des comptes annuels doit préciser :

  • La méthode de valorisation à l’entrée (CUMP, FIFO).
  • La méthode retenue pour le cours de référence à la clôture.
  • Le montant total des provisions pour dépréciation constituées.
  • Les comptes détenus sur des plateformes étrangères (renvoi à la déclaration 3916-bis).
  • Les engagements hors bilan liés aux crypto-actifs (collatéral mis en garantie, positions de staking bloquées).

Cas particuliers : mining, staking, DeFi

Mining et validation

Les crypto-actifs obtenus par mining (preuve de travail) ou validation (preuve d’enjeu, staking) constituent un produit d’exploitation. Ils sont enregistrés à leur juste valeur au jour de l’obtention :

Débit 508 - VMP (ou 370 - Stock si activité principale) [valeur marché J]
 Crédit 708 - Produits des activités annexes [valeur marché J]

Les charges liées au mining (électricité, matériel, amortissement ASIC) sont déductibles selon les règles de droit commun.

DeFi : yield farming et lending

Les revenus de yield farming, de lending ou de liquidity mining perçus en crypto-actifs sont des produits financiers ou d’exploitation à enregistrer à leur valeur de marché au jour de leur attribution. Pour une présentation des mécanismes DeFi sous-jacents, voir l’article DeFi 101 : staking, yield farming, lending.

Le traitement des tokens LP (Liquidity Provider tokens) représentatifs d’une quote-part de pool DeFi constitue une zone grise : l’ANC 2022-05 ne les adresse pas explicitement. La pratique dominante les traite comme des actifs financiers hybrides (compte 508 avec documentation de la valorisation de la part dans le pool).

Pour les entreprises structurées autour de ces activités et enregistrées comme CASP auprès de l’AMF, voir la liste blanche AMF des exchanges et PSAN pour vérifier la conformité réglementaire préalable à toute structuration comptable spécifique.


La comptabilité des crypto-actifs en France dispose désormais d’un référentiel opérationnel avec la recommandation ANC 2022-05. Les directions financières doivent documenter leurs politiques comptables (méthode de coût, cours de référence, intention de détention) avant toute ouverture de position significative. En l’absence de règlement CRC contraignant, la qualité de la documentation et la cohérence avec les principes généraux du PCG restent les meilleurs remparts face au contrôle fiscal.

Questions fréquentes

Les crypto-actifs détenus en trésorerie d'entreprise sont-ils traités comme des valeurs mobilières de placement ?
Oui, si l'intention de détention est court terme et spéculative, les crypto-actifs sont classés en compte 508 (Autres valeurs mobilières de placement) selon la recommandation ANC 2022-05. Cette classification implique un provisionnement obligatoire des moins-values latentes à la clôture (compte 6867 / 5908) et une imposition des plus-values de cession au taux normal de l'IS (25 % en 2026), intégrées au résultat ordinaire sans abattement pour durée de détention.
Comment évaluer les crypto-actifs reçus en paiement d'une prestation de services ?
Les crypto-actifs reçus en contrepartie d'une prestation sont valorisés à la juste valeur au jour de la transaction, déterminée par référence au cours de marché spot sur un exchange de référence (Coinbase, Kraken, Bitstamp) avec horodatage documenté. Ce montant constitue le produit à enregistrer (compte 706 ou 708) et la valeur d'entrée du crypto-actif au bilan. Les frais de garde ultérieurs ne sont pas capitalisables.
Une entreprise française doit-elle déclarer ses comptes sur exchanges étrangers ?
Oui, l'obligation de déclaration via le formulaire 3916-bis (CGI art. 1649 bis C) s'applique dès le premier euro détenu sur une plateforme étrangère, sans seuil minimum. En 2026, cela concerne tout exchange non agréé MiCA en France (CASP). Le défaut de déclaration est sanctionné par une amende de 750 EUR par compte non déclaré, portée à 1 500 EUR si la valeur dépasse 50 000 EUR.
Les revenus de staking et de yield farming sont-ils imposables en IS ?
Oui. Les crypto-actifs obtenus par staking (validation en preuve d'enjeu) ou yield farming constituent un produit d'exploitation enregistré à leur juste valeur au jour de l'obtention (débit 508 ou 370 / crédit 708). Ce produit est intégré au résultat fiscal et soumis à l'IS au taux normal de 25 %. Les charges directement liées (électricité, matériel, amortissement) sont déductibles selon les règles de droit commun.

Avertissement. Cet article est éditorial. Il ne constitue pas un conseil en investissement personnalisé ni une sollicitation. Les actifs numériques présentent un risque de perte en capital total. Vérifiez le statut PSAN ou CASP de tout prestataire avant d'agir et, en cas de doute sur votre situation fiscale, consultez un expert-comptable ou un avocat fiscaliste.

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